Conventionnellement, lorsque nous parlons de photographie, nous nous représentons des images en deux dimensions d’un objet ou d’une scène, une description de quelque chose qui se trouvait ou se déroulait à un certain moment dans un certain lieu. Depuis son invention, la photographie a beaucoup évolué. En effet, elle est devenue à la fois un passe-temps populaire, une technique, un commerce, une profession, un outil scientifique, une science, un art.
A ses débuts, la photographie a été conçue principalement pour faciliter la tâche aux artistes peintres dont le but était de refléter la réalité. Peu à peu, sous l’influence de certains grands photographes du siècle passé (Nadar, Stieglitz, Steichen,…), la photographie fut considérée comme un moyen d’expression à part entière.
Pour cette raison, le photographe cherche à provoquer des interactions visuelles qui suggèrent des qualités comme l’équilibre, le rythme, la proportion, la dominance et la subordination. Par le biais de ces ensembles visuels, il essaye de traduire sa pensée et ses impressions personnelles plutôt que de refléter l’image d’un monde visible. Il doit exprimer sa version personnelle d’un sujet et abandonner l’anecdote pour lui préférer l’invention visuelle. Il doit également tenter de donner à la photo un sens entièrement nouveau, parfaitement complet et autonome de l’objet représenté. C’est alors que l’image relève de la transformation et non pas de la reproduction. De plus, l’image elle-même, et non pas son sujet, est l’unique support de la transmission des idées; elle véhicule les émotions du photographe. Adams disait que l’image est en quelque sorte « un instrument d’amour, un moyen de provoquer une révélation, une réaction ». Grâce à la photographie, nous découvrons d’autres facettes de la «réalité».
Pour atteindre ces objectifs, le photographe doit utiliser les matériaux photographiques, mais aussi en faire un usage insolite et original pour exprimer ses visions personnelles. La création artistique débute alors seulement lorsque l’appareil de photographie est devenu le prolongement du photographe lui-même. Ce matériel de précision permet au photographe de se consacrer entièrement à ce qui fait le fondement de la photographie, à savoir: la création d’une image.
Ce que nos yeux voient, ce que l’appareil photographique nous restitue sont deux choses différentes. Il faut en chercher l’explication dans la nature même de la pellicule. Surface sensible, celle-ci ne travaille pas de la même façon que la rétine humaine et, point plus important encore, il lui manque le concours du cerveau qui interprète les signaux transmis par le nerf optique et complète le phénomène de la vision. Le cerveau joue un rôle de stabilisateur, car il corrige automatiquement tout ce qui n’est pas conforme à la «normale», à l’habitude, à l’appris. Siskind disait:
«Je commence à comprendre que la réalité est quelque chose qui n’existe que dans notre esprit et dans notre sensibilité».
La photographie fut sans doute la dernière forme d’art à admettre la fiction et l’invention comme formes d’expression parfaitement légitimes. Cet état de chose provient du fait que les photographies, parce qu’elles semblent si rigoureusement réelles, ont été longtemps considérées comme devant être prosaïques, directes et fidèles à la réalité. L’innovation doit être permanente, car elle donne à l’art une nouvelle jeunesse. Sans un afflux continu de nouvelles méthodes et d’idées neuves, toute discipline, qu’il s’agisse de photographie ou de tout autre moyen d’expression, perd son intérêt ou se sclérose. Il faut tenter, par n’importe quel «artifice», de contribuer à garder à cet art toute sa vitalité.




